Diversité : ce que nous continuons à ne pas voir

Laïla Benraïss-Noailles, en toge universitaire, prend la parole à l’IAE de Bordeaux

Laïla Benraïss-Noailles, Professeure des universités, IAE, IRGO, Université de Bordeaux, membre du bureau de l’IAS

Il fut un temps où la diversité organisationnelle se donnait à voir facilement. Elle se lisait dans des catégories visibles, stabilisées, souvent juridiquement encadrées : genre, âge, origine. L’audit social, dans ce contexte, trouvait ses repères : mesurer, comparer, vérifier la conformité, documenter les écarts.

Aujourd’hui, la diversité n’est plus seulement démographique : elle devient cognitive, identitaire et situationnelle. Elle s’inscrit dans des trajectoires et des expériences faites de singularités qui résistent aux grilles traditionnelles.

La montée en puissance de la neurodiversité en est une illustration frappante. Elle invite à reconnaître des fonctionnements cognitifs différenciés, mais aussi à interroger la capacité réelle des organisations à adapter leurs normes, leurs rythmes et leurs critères de performance.

De la même manière, certaines expériences longtemps reléguées hors du champ organisationnel, notamment celles liées à la santé, au vieillissement, aux transitions de vie (parentalité, aidance, maladie, reconversion, identité), s’invitent désormais dans les organisations.

Une question s’impose : que vaut encore un audit de la diversité qui ne voit que ce qui est visible ?

Même si l’audit social ne se réduit pas à une simple logique de mesure, il s’appuie néanmoins sur des référentiels, des indicateurs et des dispositifs d’objectivation qui ont largement contribué à structurer le champ. Or, les nouvelles formes de diversité viennent aujourd’hui éprouver ces outils.

L’appel à communications des 21èmes Rencontres Internationales de la Diversité s’inscrit pleinement dans cette perspective en proposant un axe dédié à l’audit social, à la régulation et la visibilisation de nouvelles formes de diversité.

L’audit social est aujourd’hui face à un paradoxe majeur : il est attendu sur sa capacité à objectiver… ce qui, précisément, résiste à l’objectivation.

Cela appelle un déplacement profond de posture : l’auditeur devient à la fois un révélateur de contradictions (entre inclusion et performance, standardisation et adaptation) et un analyste critique des cadres normatifs, qui met au jour les situations restées dans l’angle mort et interroge les critères par lesquels certaines réalités sont prises en compte… ou ignorées.

Quelles formes de diversité sont reconnues ? Lesquelles restent silencieuses ? Lesquelles sont tolérées, valorisées… ou marginalisées ?

Et surtout : qu’est-ce que nos outils d’audit nous empêchent encore de voir ?

Ce billet est une invitation, presque insistante, à venir en débattre lors des 21èmes RID… mais aussi à investir ces zones grises, à questionner nos référentiels, à enrichir nos méthodes et à explorer ces transformations et leurs implications pour le management… mais aussi pour l’audit social lui-même.

Si la diversité change de visage, l’audit doit, lui aussi, apprendre à changer de regard.

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