Billet d’humeur de septembre — Jacques Igalens, président d’honneur

Les organisations sont aujourd’hui soumises à une multiplication des normes, engagements et attentes sociétales, mais ce qu’elles déclarent ne correspond pas toujours à ce qu’elles font ni, surtout, aux effets qu’elles produisent. Avec Michel Jonquières nous proposons donc de dépasser la seule conformité et l’évaluation des discours pour analyser les écarts entre intentions, obligations, communications, pratiques et impacts réels. Notre ouvrage est intitulé : L’Analyse de congruence sociétale et vient d’être publié aux éditions EMS. Le cœur de l’ouvrage est un modèle original fondé sur cinq registres : le Penser de l’organisation, qui renvoie à ses valeurs et finalités ; le Devoir-dire, constitué des normes et obligations auxquelles elle est soumise ; le Dire, correspondant à ses engagements et communications ; l’Agir, c’est-à-dire ses pratiques effectives ; et enfin les Impacts générés sur les personnes, la société et l’environnement. La congruence sociétale désigne le degré d’ajustement entre ces cinq registres.
L’ouvrage ne propose cependant pas de rechercher un alignement parfait. Il considère les écarts et les tensions comme inhérents au fonctionnement des organisations. L’enjeu est de les identifier, les qualifier, les expliquer et organiser leur réduction dans le temps. La congruence est donc conçue comme une propriété dynamique plutôt que comme un état définitif. Cette perspective permet notamment d’analyser les phénomènes de découplage, de façade organisationnelle, de greenwashing ou de social washing.
À cette construction théorique s’ajoute une méthode opérationnelle d’analyse de congruence sociétale (ACS) : définition du périmètre et des enjeux, collecte des données, analyse des cinq registres, mise en évidence des écarts et tensions, définition des priorités d’alignement, production d’un diagnostic et organisation du suivi. L’ouvrage fournit également une importante boîte à outils destinée à rendre cette analyse utilisable par les organisations. La thèse générale peut ainsi être résumée simplement : la responsabilité sociétale d’une organisation ne se juge ni à ses intentions, ni à sa conformité, ni à la qualité de sa communication, ni même au nombre de dispositifs qu’elle déploie, mais à sa capacité à faire tenir ensemble ses finalités, ses obligations, ses discours, ses pratiques et les impacts qu’elle produit. L’analyse de congruence sociétale propose ainsi à la fois une grille théorique de l’organisation responsable et une méthode permettant de transformer les écarts constatés en trajectoires d’amélioration.
En une phrase : ce livre propose de passer d’une RSE évaluée à partir de ce que l’organisation promet et met en place à une RSE évaluée à partir de la congruence dynamique entre ce qu’elle pense, doit dire, dit, fait et produit réellement comme impacts.
Jacques Igalens et Michel Jonquières, L’analyse de congruence sociétale — Une approche dynamique des écarts entre intentions, discours, pratiques et impacts, Éditions EMS.
